Dition retenue

Le Jura est une petite chaîne de montagne bien identifiée. Son nom, apparu au Moyen-Âge, est à l’origine de la dénomination de la période géologique du Jurassique (introduit en 1829). Sa morphologie spécifique décrite au cours du XIXe siècle a servi de modèle standard pour la description d’autres chaînes de montagnes (morphologie jurassienne). Sa forme de « croissant », s’étendant sur près de 350 km et 65 km dans sa plus grande largeur, apparaît nettement sur les cartes topographiques et géologiques.

Le Jura se présente comme un croissant résultant de la poussée alpine qui a comprimée et plissée les terrains. Il est délimités par un ensemble de dépressions : la Bresse à l’ouest, le bassin lémanique à l’est, le fossé rhénan et la trouée de Belfort au nord. Au nord-ouest, il entre en contact avec les plateaux de Haute-Saône (bassin parisien), la faille de l’Ognon constituant à ce niveau une limite géologique. Vers le sud, les limites sont moins nettes notamment avec le massif de la chartreuse.

Au-delà de la définition des géographes et des géologues, les botanistes ont ressenti assez tôt le besoin de définir le Jura en tant que système biogéographique. Cette nécessité est notamment apparue lorsque les botanistes se sont intéressés plus précisément à la répartition des plantes. Ce n’est donc pas un hasard si l’un des premiers à avoir proposé des contours précis pour le massif du Jura soit J. Thurmann (1804-1855), géologue et botaniste suisse. Dans son ouvrage majeur, Essai de phytostatique appliqué à la chaîne du Jura (1849), il propose des limites assez précises et considère que le massif s’étend de Regensperg (canton de Zurich) à Grenoble (Isère) et donne comme limite sud les premiers contreforts de la Chartreuse. Cette vision est également celle retenue dans le cadre du projet Flora Jurana. Thurmann propose aussi une division en quatre parties : Jura oriental, central, occidental et méridional. Il définit également des « districts » correspondant à des unités naturelles de plus ou moins grande importance : Jura zurichois, argovien, soleurois, bernois (Porrentruy à Bienne), alsatique (Ferrette, Belfort, Montbéliard), neuchâtelois, vaudois, bisontin (Besançon et Doubs), salinois (Salin et montagnes voisines) lédonien (Lons-le-Saunier et montagnes), bressan (Bourg, Ceyseriat…), genevois, bugésien, savoisien et dauphinois. La plupart des ces dénominations sont encore utilisées aujourd’hui.

C.-H. Godet (1797-1879) dans sa Flore du Jura ou Description des végétaux vasculaires qui croissent spontanément dans le Jura suisse et français (1852-1853) s’appuie sur les limites proposées par J. Thurmann.

A. Magnin (1848-1926) propose en 1899, pour son projet des Archives de la flore jurassienne (publication s’étalant entre 1899 – 1906), un contour du Jura proche de celui proposé par J. Thurmann : Jura zurichois (Lægern) argovien, soleurois, balois, neuchâtelois et vaudois, plateaux de Haute-Saône, Jura dubisien, juranien, idanien, bugeysien, savoisien (Vuache, Mont-du-Chat) et dauphinois (île Crémieu). Puis, en mai 1900, il propose de nouveaux contours très élargis : « toutes les chaînes et tous les plateaux jurassiques qui s’étendent de la Chartreuse aux Alpes autrichiennes entre les plaines et les coteaux dauphinois et bressans, la Saône, les collines sous-vosgiennes, le Rhin, la Wüttach (Wutach), les hauteurs keupériennes du Württemberg et de la Bavière… ».

J-F. Prost (1944-) dans son catalogue des plantes vasculaires de la chaîne jurassienne (2000) retient également une dition proche de celle proposée par J. Thurmann et celle proposée en 1899 par A. Magnin : « du Rhin à Genève pour le Jura Suisse (Argovie, Bâle-Campagne, Soleure, Jura, Berne, Neuchâtel, Vaud, Genève). Doubs : zone montagneuse à l’est du Doubs. Tout le Jura. Ain : haute-chaîne, Haut-Bugey, Bas-Bugey, plaine de l’Ain. Isère : plateau de Crémieu. Haute-Savoie : Salève, Vuache, Montagne des Princes, la Mandallaz, Montagne d’Age, Mont Clergeon, La Biolle, Mont de la Charve, Mont du Chat, l’Èpine ».

Dans le cadre du projet Flora Jurana, la dition retenue s’appuie sur les propositions de nos précurseurs. Le projet concernant le Jura franco-suisse, ses contours excluent d’emblée les Jura souabe et franconien. Il comprend l’ensemble des reliefs calcaires situés entre Dielsdorf (Zurich) et Voreppe (Isère). L’Aar constitue une limite naturelle à l’est, puis en direction du nord sa limite vient s’appuyer sur le Rhin, puis le Ried alsacien et la trouée de Belfort. À ce niveau, les reliefs du Jura alsacien (entre Ferrette et Lucelle) et ceux situés à l’est de Belfort (entre Danjoutin et Eguenigue) sont inclus. En poursuivant vers l’ouest, le Jura entre en contact avec la dépression sous-vosgienne entre Héricourt (Haute-Saône) et Rougemont (Doubs), secteurs où les limites du Jura sont particulièrement floues. C’est la limite géologique entre le Lias et le Bajocien qui a été utilisée pour délimiter le Jura dans ce secteur. Le Lias, formant les pentes intermédiaire entre les reliefs jurassiens et la dépression, apparaît assez nettement dans le paysage. Puis, entre Rougemont (25) et Thervay (39), le Jura rencontre les plateaux calcaires de Haute-Saône. Dans cette partie, l’Ognon constitue une limite géologique et c’est l’interface entre les couches calcaires jurassiques et les couches d’alluvions s’étalant mollement au pied des reliefs qui a été retenue. Le Jura amorce ensuite un coude et son orientation devient nord-sud. À ce niveau, les contours deviennent complexes car se pose la question d’inclure ou non le massif granitique de la Serre, qui est un vestige de la chaîne hercynienne. D’un point de vue géomorphologique, il s’agit d’un horst de socle cristallin perçant, à la manière d’un poinçon, la couverture sédimentaire. L’exclure de la dition semblerait donc assez artificiel, car ses bordures extérieures sont constituées par des terrains calcaires en continuités avec ceux situés plus à l’est (Avants-Monts). La limite considérée ici est donc celle constituée par le contact entre les calcaires jurassiques et les alluvions de la dépression de la Saône. Au sud de Dole (39), où la limite est également discutable, le choix a été fait de retenir le massif forestier de Chaux établi sur les restes du delta pliocène de l’ancien Aar-Doubs qui se jetait dans le lac bressan. Historiquement, la forêt de Chaux a toujours été rattachée au Jura par les botanistes français. En poursuivant vers le sud, à partir d’Arc-et-Senans (Doubs) et jusqu’à Pont-d’Ain (Ain), la frontière est assez nette entre la Bresse et le Revermont, où les courbes de niveau (en général 250 m) suivent relativement bien les limites géologiques. À partir d’Ambérieu-en-Bugey, c’est le bas des versants du Bugey qui entre en contact avec la vallée du Rhône qui constitue la limite, les courbes de niveau suivent aussi assez bien la frontière entre les calcaires du jurassique et les alluvions et c’est pour cette raison que le bassin de Belley a été exclu. En revanche, les petits massifs calcaires de la montagne de Parves et du Mont Tournier sont bien inclus. Le contour remonte ensuite brusquement au nord, où la limite est relativement nette toujours entre le Bugey et les alluvions de la vallée du Rhône. À l’instar du bassin de Belley et pour les mêmes raisons, les marais de Lavours (01) sont exclus. Cette limite se prolonge jusqu’à Bellegarde-sur-Valserine, puis les contours obliquent en direction du sud-est pour inclure le Vuache (Haute-Savoie). Dans cette partie méridionale, le Jura se « morcelle » et plusieurs plateaux ou reliefs plus ou moins isolés sont retenus comme appartenant au massif du Jura, suivant en cela la position de nos prédécesseurs. Le plateau de Crémieu (Isère), située au sud-ouest, est peut-être l’entité la plus ambiguë, mais il a toujours été intégré dans le Jura depuis J. Thurmann. Le chaînon du Ratz (Isère), qui s’étend de Voissant jusqu’à Voreppe, constitue la limite sud absolue du massif du Jura. Son flanc sud-est vient s’appuyer sur le massif de la Chartreuse. Plus au nord-est, bordant en partie la rive ouest du lac du Bourget, on rencontre le chaînon du Bourget (Savoie), comprenant notamment le Mont du Chat, la montagne de l’Épine et le Mont Grelle. De l’autre côté du lac du Bourget entre Brison-Saint-Innocent et Seyssel apparaît le massif de Chautagne (Haute-Savoie et Savoie), comprenant entre autre la montagne des Princes, le mont Clergeon et la Biolle. Enfin, à l’est, entre Annemasse et Annecy (Haute-Savoie), quatre chaînons d’importance très variable sont détachés du massif. Le plus important, situé au nord, est le Salève ; il s’étend d’Annemasse à Cruseille. Ensuite, au sud de ce massif, se trouvent deux petits reliefs, le Mont Pelé et le Crêt de la Dame, et deux chaînons plus importants, la Mandallaz et la Montagne d’Âge. À partir du Fort-l’Écluse (Ain), les contours prennent une orientation globale sud-ouest/nord-est jusqu’à Dielsdorf. La limite entre le Jura et le bassin molassique s’appuie sur des courbes de niveaux : 550 m sur le sud du Jura vaudois et le pays de Gex, 450 m sur le sud du Jura soleurois et argovien et 400 m sur le nord du Jura bâlois. Le Lägern, petit massif calcaire périphérique, est également rattaché au Jura ; à l’instar des chaînons méridionaux.